DDEL blog

Au bord du bassin : faut-il plonger ou attendre le bon moment pour investir ?

Rédigé par DDEL | 2026-07-14

Vous venez de recevoir une somme d'argent importante (un héritage, la vente d'un bien immobilier, une prime exceptionnelle,...). Vous voilà au bord du bassin : le capital est là, l'allocation cible est définie, et pourtant vous hésitez. Faut-il plonger d'un coup, quitte à avoir le souffle coupé si le marché se retourne juste après ? Entrer progressivement, un pied après l'autre, pour laisser le temps à la confiance de s'installer ? Ou attendre que les conditions semblent plus favorables ?

C'est la question que nous entendons le plus souvent chez nos clients : "Est-ce vraiment le bon moment pour investir ?"

La réponse courte : personne ne peut prédire l'évolution des marchés financiers à court terme. La réponse longue, est présentée ci-après.

L'investissement est une affaire d'émotions

Investir une somme significative d'un seul coup est, psychologiquement, l'un des actes les plus difficiles qui soit. La peur de « mal tomber », d'entrer juste avant une correction, est profondément humaine. Et pourtant, cette peur est souvent l'ennemie de la performance à long terme.

En tant que gestionnaire passif, nous ne pratiquons ni la sélection de titres individuels, ni le market timing, c'est-à-dire l'art de prédire les hauts et les bas des marchés. Et pour cause : des décennies de recherche académique ont démontré que cette prédiction est, en pratique, impossible de manière consistante. Ce qui est en revanche possible, c'est d'adopter une approche structurée et rationnelle face à la question du moment d'entrée sur les marchés.

Les trois options face à un capital à investir

Lorsqu'un client dispose d'un capital constitué à investir, trois stratégies s'offrent à lui :

a) Le Lump Sum : investir immédiatement et intégralement
Tout le capital est investi en une seule fois, conformément au profil de risque cible. C'est l'équivalent de « plonger dans l'eau ».

b) Investir immédiatement, mais avec une allocation légèrement réduite
Le capital est investi intégralement et immédiatement, mais avec une exposition aux actions 10 à 20 % inférieure au profil de risque cible à long terme. L'allocation cible sera atteinte de deux manières selon l'évolution des marchés. Si les marchés progressent, la part actions dérive mécaniquement vers l'allocation définitive. Si une correction significative survient (de l'ordre de 20 %), le rebalancing du portefeuille sera l'occasion de rééquilibrer directement vers l'allocation finale. Dans les deux cas, le client converge vers son profil cible sans avoir conservé de cash en attente.

c) Le DCA (Dollar Cost Averaging) ou étaler le déploiement du capital dans le temps
Le capital est investi par tranches régulières sur une période déterminée (6, 12, 24 mois...). C'est l'équivalent d'« entrer dans l'eau progressivement ». Le DCA recouvre en réalité deux situations très différentes, qu'il est important de distinguer (voir encadré ci-dessous). .

DCA sur capital disponible ou DCA sur flux récurrents : même mécanique, contextes opposés

Le mécanisme du DCA est toujours le même : investir un montant fixe à intervalles réguliers. Mais le contexte dans lequel il s'applique change tout.

Lorsque le capital est déjà disponible en totalité, le DCA est un choix délibéré d'étalement. C'est cette situation précise que la recherche académique étudie et, le plus souvent, remet en question face au lump sum : en maintenant une partie du capital en cash, l'investisseur paie un coût d'opportunité réel.

Lorsque les liquidités arrivent de manière échelonnée (surplus réguliers sur revenus professionnels, réinvestissement progressif d'un dividende ou d'une prime perçus en une fois, tout en préservant la réserve nécessaire à la consommation courante), le DCA n'est pas un choix tactique : il reflète simplement la réalité des flux disponibles. Dans ce cas, il constitue une discipline d'investissement saine et naturelle, qui lisse mécaniquement le prix de revient moyen sans générer de biais comportemental.

Ce que dit la recherche académique

L'intuition derrière le lump sum est simple : les marchés ont une tendance historique à monter. Plus longtemps votre capital est exposé aux marchés, plus il a de chances de bénéficier de cette tendance haussière de long terme. En restant en cash dans l'attente du « bon moment », vous payez un coût d'opportunité réel.

Dimensional Fund Advisors, l'un des gestionnaires les plus rigoureux en matière de recherche académique appliquée, a étudié cette question à partir de données remontant à 1926. Leur conclusion est sans appel : l'investissement immédiat génère, en moyenne, un rendement supérieur à l'entrée progressive.

Nos propres analyses sur la période 2005-2024, portant sur un portefeuille 60/40 (60 % actions, 40 % obligations), confirment ce constat :

  • Dans 2 cas sur 3, investir immédiatement donne le meilleur résultat, quelle que soit la durée d'étalement retenue (6, 12, 18, 24, 30 ou 36 mois).
  • L'investissement immédiat génère en moyenne +0,38 % de rendement annuel supplémentaire par rapport à une entrée progressive sur 12 mois.
  • Attendre une correction de 20 % pour entrer coûte en moyenne 2,20 % de rendement par an, car cette correction tant espérée tarde souvent à venir, et pendant ce temps, le marché continue de progresser.
  • Même dans les 10 % de scénarios les plus défavorables pour le lump sum, le résultat reste meilleur que l'entrée progressive dans plus de la moitié des cas.

Le piège comportemental de l'entrée progressive (DCA).

Au-delà des chiffres, l'entrée progressive présente un risque comportemental souvent sous-estimé : elle multiplie les occasions de remettre la décision à plus tard.

Imaginez un investisseur qui décide d'étaler ses entrées sur quatre trimestres. Deux scénarios typiques s'enchaînent :

  • Les marchés baissent → « Je préfère attendre un peu, tout est en train de chuter... »
  • Les marchés montent  « Tout a encore grimpé depuis la dernière fois, je vais patienter encore un peu... »

Dans les deux cas, l'investisseur reporte. Ce qui était censé être une stratégie structurée se transforme en une nouvelle forme de Market timing déguisé, avec, en prime, des frais de transaction plus élevés et des positions de cash prolongées. Or, le cash ne protège pas de l'inflation et expose à un risque de contrepartie bancaire. Chez DDEL, nous considérons que détenir du cash de manière excessive est en soi un risque, et non une protection. 

L'option intermédiaire : une solution pragmatique

Nous reconnaissons que tous les clients ne se sentent pas à l'aise avec l'idée de plonger intégralement en une seule fois. Pour ces clients, l'option b) offre un compromis raisonnable.

Le principe : investir immédiatement la totalité du capital, mais avec une exposition aux actions légèrement inférieure au profil cible. Par exemple, un client avec un profil 70 % actions entre à 55 % actions. Il est immédiatement investi (il n'y a pas de cash qui dort) et converge vers son profil définitif selon les conditions de marché : naturellement si les marchés progressent, ou via le rebalancing si une correction de l'ordre de 20 % survient, auquel cas le rééquilibrage se fait directement vers l'allocation finale.

L'avantage de cette approche : le client est dans l'eau dès le départ, tout en bénéficiant d'un "coussin" psychologique face à une éventuelle volatilité initiale. Il accepte en revanche un rendement attendu légèrement inférieur pendant la période de transition.

Notre recommandation

Option Timing  Exposition actions Notre avis
a) Lump Sum Immédiat 100 % du profil cible ✅ Recommandé en priorité
b) Profil réduit Immédiat 80-90 % du profil cible ✅ Alternative valable
c) Entrée progressive (DCA sur capital disponible) Étalé dans le temps Variable ⚠️ À éviter si le capital est disponible immédiatement
DCA sur flux récurrents Naturellement étalé Progressive ✅ Pertinent et recommandé

Notre préférence va clairement à l'option a) lorsqu'un capital est disponible en une seule fois et marginalement, l'option b) si cela rassure le client. Le DCA peut sembler rassurant dans ce contexte, mais il est davantage une réponse émotionnelle qu'une stratégie financièrement optimale. En revanche, lorsque les liquidités arrivent naturellement de manière échelonnée, investir au fil de l'eau n'est pas un biais comportemental : c'est la seule approche qui ait du sens.

Personne ne peut prédire comment vont évoluer les bourses à court terme. Ce que nous savons, en revanche, c'est que les marchés ont récompensé les investisseurs patients et disciplinés sur le long terme.

La vraie question n'est pas "Est-ce le bon moment pour plonger ?" mais "Ai-je le bon profil de risque et un horizon d'investissement suffisant ?". Si la réponse à ces deux questions est oui, alors le meilleur moment pour entrer dans l'eau, c'est aujourd'hui.